samedi 19 avril 2014

49 jours de Fabrice Colin




Je m’appelle Floryan ; j’ai dix-sept ans. Il y a quelques jours, je suis mort : un attentat dans le métro. Je me suis réveillé dans un paysage de plaines et de montagnes, somptueux, qui s’étendait à perte de vue. Un être de lumière m’a accueilli, se présentant comme un « Elohim ». Il m’a proposé un choix : soit je le suivais dans le Royaume – un paradis, selon lui, mais que je n’étais pas autorisé à voir avant de m’y rendre –, soit je plongeai dans le Nihil, un gouffre gigantesque menant vers... Vers quoi ? C’est là toute la question. Je ne sais rien du Nihil, j’ignore tout du Royaume, et j’ai quarante-neuf jours, pas un de plus, pour prendre une décision. Le problème, c’est que ce choix n’engage pas que moi...

J'ai un reproche à faire au niveau de l'édition. J'ai lu sur beaucoup de chroniques que ce roman est un jeunesse. On voit ça où ? Outre le fait d'aller sur la page web de l'éditeur, sur le livre rien ne l'indique. C'est pas la première fois que je vois ce choix de ne pas mentionner l'appartenance d'un livre au rayon jeunesse, je m'interroge sur la finalité de ce choix ? 

Le livre débute de nos jours sur Floryan adolescent de 17 ans empruntant avec ces camarades une rame de métro quand brusquement tout bascule, la rame explose, un attentat à la bombe. Rappelant tristement l'attentat saint-Michel de 1995. Une très belle entrée en matière qui pour le coup parlera davantage au plus de trente ans.
Ensuite changement de décor, Floryan se réveille dans une sorte d'Eden : L'Intermonde. De là, il fait très vite la connaissance d'un Élohim qui lui donne 49 jours pour faire un choix. Mais Floryan est attiré par un sentier qu'il emprunte dans le but de se donner un peu le temps de la réflexion. Là il est surpris de rencontrer quelqu'un et de constater que finalement un autre choix est possible. Après son intégration dans cette communauté des Égarés vient son apprentissage notamment voler avec un Altar. Là indubitablement j'ai pensé à Avatar, si bien que mon imaginaire concernant l'intermonde c'est calqué malgré moi sur celui de Pandora. Floryan découvre alors la plongée dans les brumes du Nihil qui permette de voyager dans le temps, dans le passé mais surtout le futur, chose que les Egarés toutefois interdisent. Mais Floryan se sent obliger d'aller vérifier comment sa mort est vécu par ses proches. Et il se retrouve à braver maintes fois les interdits, il est attiré par le futur où il fait une macabres découverte qui l’emmènera toujours plus loin et plus durablement dans les affres du futur.

Elle parle de ma mère dans le regard de son père. Elle parle de ma mère comme d'une fleur dans un champs de boue, d'une fleur qui s’obstine à être une fleur, et qui exalte des parfums de paradis au milieu des effluves d'une usine trop proche. Cette usine, explique-t-elle avec sourire, nous la connaissons tous, elle fonctionne à plein régime: C'est la fabrique du malheur. 

Un début prometteur qui happe de suite le lecteur, la suite dans l'intermonde avec notamment l’apprentissage m'a quelque peu ennuyé mais sans non plus gâcher le plaisir de lecture. Le récit étant servi avec une plume simple, fluide et extrêmement immersive. Le coté voyage dans le temps est très ludique et on comprend très vite que le futur est plus digne d’intérêt, même si l'envie de revoir se jouer certaines scènes de l'histoire est intéressante, c'est souvent l'inconnue qui attire comme le prouve l'aventure de Floryan au travers de son épopée dans un futur qui se révélera, je peux le dire sans dénaturer l'intrigue, post-apocalyptique. Ainsi Fabrice Colin surfent avec les genres avec habilité sans aucunement faire souffrir son texte. On se délectera de ce mélange des genres qui prouvent s'il en est que les frontières entre Fantasy, Fantastique et SF sont minces. 


       






samedi 12 avril 2014

Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor


Afrique, après l’apocalypse.

Le monde a changé de bien des façons, mais il est une région où les génocides intertribaux continuent d’ensanglanter la terre. Une femme survit à l’anéantissement de son village et au viol commis par un général ennemi.
Elle erre dans le désert dans l’espoir d’y mourir, mais donne naissance à une petite fille dont la peau et les cheveux ont la couleur du sable. Persuadée que son enfant est différente, extraordinaire, elle la nomme « Onyesonwu », ce qui signifie, dans une langue ancienne : « Qui a peur de la mort ? »
À mesure qu’Onye grandit, elle comprend peu à peu qu’elle porte les stigmates physiques et sociaux de sa violente conception.
Des pouvoirs magiques aussi insolites que remarquables commencent à se manifester chez elle alors qu’elle est encore enfant. Sa destinée mystique et sa nature rebelle la poussent à quitter son foyer pour se lancer dans un voyage qui la forcera à affronter sa nature, la tradition, l’histoire, l’amour, les mystères spirituels de sa culture, et à apprendre enfin pourquoi elle a reçu le nom qu’elle porte.




Onyesonwu, voilà le nom de l'héroïne de ce roman hors norme. Onye nous raconte son histoire, ses origines dans une Afrique dévastée par un cataclysme. Malheureusement, ce bouleversement n'a pas emporté avec lui les conflits qui animaient certaines tribus. Onye est née de cette guerre, née de la violence, née d'un viol, cette ignoble arme de guerre. Onye est née métisse, qui pour nous reste un mot charmant souvent synonyme de symbiose de culture et de beauté, mais pour Onye rien que sa vue est une agression, elle incarne cette violence entre Nuru et Okeke, ces enfants issus de ce métissage qui sont appelé Ewu. Elle porte les stigmates de ce mélange infâme. Pour la tribu des Okekes dont sa mère est native, Onye renvoie une image de violence, révèle ces conditions de conception et enfin pour cette ethnie, les enfants du viol renferment forcement des êtres violents et maléfiques. Rien de bon ne peut donc venir des Nurus, tribu violente et asservissante. 

« Selon ma mère, tout était écrit d'avance. Pour elle, tout avait une raison, depuis les massacres de l'Ouest jusqu'à l'amour  qu'elle trouva à l'Est. Mais l'esprit qui dirige tout cela, que j'appelle Destin, est froid et impitoyable. Si glacialement logique que s'incliner devant lui n'a rien de glorieux. Le destin est immuable, comme un fragile cristal dans le noir. Pourtant, quand il m'a apporté Mwita, je me suis incliné devant lui et l'ai remercié. »
Onyesonwu grandit à Jwarhir, village okeke, où sa mère a fini par s'installer après une longue retraite dans le désert. Sa mère a finalement réussi à refaire sa vie et épousé un okeke, qui les a accepté toutes les deux en dépit de tous les on-dits. Onye grandit et sent en elle un pouvoir qu'elle aimerait mieux maîtriser, là encore elle va devoir se montrer d'une ténacité hors-pair pour qu'enfin on lui enseigne, à elle cette Ewu et femme qui plus est. Confronté à des codes et des traditions qu'elles ne connaît pas et qu'elle refuse d'approuver, elle se heurte très souvent à un certain mutisme dont elle ne saisit pas toujours la portée. Onyesonwu, elle veut venger sa mère et retrouver son père biologique qui se trouve être une menace pour elle. Elle a une vision très manichéenne des Okekes et des Nurus que Mwita, son compagnon, enfant Ewu également va lui apprendre à nuancer. 

Le livre m'a fait vivre des moments très forts, viols, excisions, femmes bafoués par les traditions. Le coté mystique qui rappelle plus la fantasy du livre, m'a quelque peu échappé mais finalement je crois que cette magie, ce coté sorcellerie est une part du livre nécessaire, essentielle même dans cette histoire qui nous plonge dans la culture de Onyesonwu. Un livre à découvrir au travers la très forte personnalité d'Onyesonwu mais qui n'occulte pas, au contraire, les personnages secondaires. 

         






Lecture commune avec : Tigger Lilly, Julien et Euphémia.

A lire également, les avis de Gromovar, Efelle et Lorhkan.


mercredi 9 avril 2014

Chroniques des Ombres de Pierre Bordage




Après la guerre nucléaire, une pollution mortifère a confiné la partie privilégiée de la population mondiale dans des mégapoles équipées de filtres purificateurs d'air. La plupart des capitales sont désormais regroupées en Cités Unifiées. NyLoPa, la plus importante et stable des CU, réunit New York, Londres et Paris et compte 114 millions d'habitants. Les citoyens sont équipés d'une puce d'identité et la sécurité est assurée par une armée suréquipée qui fait office de police, les fouineurs, sorte de super détectives, un corps spécial composé d'individus sélectionnés pour leurs capacités analytiques.
Dans ce monde en survie à l'équilibre plus que précaire, des centaines de meurtres sont soudain perpétrés, dans toutes les villes et en quelques minutes, par d'invisibles assassins. On soupçonne une secte d'en être à l'origine, mais l'enquête menée par les fouineurs va les plonger dans un enchevêtrement de complots et de luttes de pouvoir, tandis que les Ombres continuent de frapper de plus belle.
Remontant la piste, les fouineurs vont être entraînés hors des cités, dans le 'pays vague', à l'extérieur du monde civilisé, le lieu inconnu de tous les dangers... 

Je le confesse, c'est la première fois que je lis un roman de Pierre Bordage. Je n'ai pas grand chose à dire quant à l'écriture. Une plume immersive et dynamique, que l'on doit beaucoup au fait que ce roman est d'abord paru en plusieurs épisodes. Ce qu'explique Ici Pierre Bordage lors d'une interview de Jérome Vincent pour ActuSF.

« L'homme ordinaire est un ange déchu, la graine du mal semée par le diable. De l'homme ordinaire, la Terre n'a rien de bon à attendre. il est donc necessaire, pour le bien de la Terre, du système solaire, de toute la galaxie, d'arracher cette ivraie qu'on appelle l'homme avant qu'elle n'ait envahi tout l'univers. La fin des Temps »

Pour la genèse de ce livre je vous conseille d'ailleurs de vous informer sur la page Wikipédia qui lui est dédiée. Bref sur la forme, rien à dire, la lecture s'avère même être addictive ce qui est presque fondamentale pour ce pavé de 750 pages qui se lit donc avec une grande facilité. Autre point forts du livre, le choix de narration alternée entre les deux groupes de protagonistes à savoir les membres de la cités Unifiés NyLoPa et les Horcites. Cette double narration donne effectivement l'impression que les personnages n'évoluent pas du tout dans le même univers. De plus, le microcosme citadin comme horcite est riche et suffisamment développé pour donner une cohérence au roman et donner un background tel que je les aime, total apocalyptique ! Pas vraiment de grande innovations, ce n'est d'ailleurs pas un reproche, c'est le fonds de commerce des post-apo, et je suis la première en m'en délecter = catastrophe nucléaire + contamination + les sociétés humaines qui vont à vau l'eau. 

« Pire que la plus féroce des bêtes sauvages est l'homme qui, sous couvert de la religion, exhorte les imbéciles à massacrer, torturer ou exploiter leurs frères humains. Proverbe horcite de la région de Tchon »

Après je me suis heurtée un peu sur le reste, sur la trame type thriller cyberpunk, où on nous lâche des infos par le biais des Fouineurs sur les meurtres perpétrés qui incomberaient aux Ombres. Je suis restée dubitative sur leur mort, ils meurent de quoi ? Comment ? Les Fouineurs n'ont pas l'air de s'en préoccuper plus que ça, l'enquête s'élargit surtout au niveau géographique. La puce cérébrale dont sont dotés les Fouineurs sert essentiellement pour l'analyse des données et des réactions pendant les interrogatoires et recueil de témoignages, mais les corps des victimes ils n'en font jamais mention, curieusement. Pourtant pour le lecteur l'enquête est une évidence, on comprend très vite qui sont les responsables, et d'où vient cette menace qui produit des morts massives.


« Si l'agneau se change parfois en lion, jamais le lion ne se change en agneau. Le faible peut devenir fort, le fort ne s'abaisse jamais à devenir faible. Si un lion te parait doux comme un agneau, sache qu'il ne s'agit que d'une ruse. Proverbe horcite de l'agglomération de vilbann »

Après loin de moi de dire que c'est un mauvais roman, j'y ai trouvé mon bonheur à la lecture mais je dois dire tout de même qu'à mon humble avis, cette lecture était dispensable. Par contre, l'écriture de Pierre Bordage m'a beaucoup plu et je n'en resterai pas là.


            

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