jeudi 31 janvier 2013

Et d'Avalon à Camelot - Anthologié dirigée par Lucie Chenu


Il y a quatre ans déjà, Lucie Chenu nous proposait De Brocéliande en Avalon qui avait reçu de nombreux éloges et dont une nouvelle, « L’île close » de Lionel Davoust, avait reçu le prix Imaginales 2009, à très juste titre  selon moi, car j'ai eu la chance de la lire. Lucie Chenu récidive donc en 2012 et nous livre une nouvelle fois une très belle anthologie, qui revisite encore une fois de façon originale les légendes arthuriennes.

Depuis la nuit des siècles, Arthur est en dormition dans l’île sacrée d’Avalon. Le temps est-il venu de le réveiller ? Car d’Avalon à Camelot, en passant par Brocéliande et Escalot, Londres et Camlaan, à travers le temps, de Samain à Beltane, Dames du Lac et Chevaliers de la Table ronde revivent de nouvelles aventures. Le passage des ans les aura-t-il changés ?
Tels des bardes modernes, dix écrivains de fantasy ressuscitent Arthur et Morgane, Merlin et Viviane, Guenièvre et Gauvain, Taliesin et Mordred, Perceval, Keu et Galaad. Dix récits forts et émouvants, ou drôles et distrayants, qui emportent le lecteur dans des chevauchées épiques, entre le rire et l’horreur, à travers les territoires du mythe


La préface de Lucie Chenu nous donne le ton, présente les contraintes de l’anthologie qui se révèlent somme toute assez simples : revisiter le mythe Arthurien à travers un des personnages.
Je vous donne le sommaire car il est tout de même agréable de savoir, dans une anthologie, avec quelle plume l'on va faire connaissance. Et pour ma part, j’avoue n’en connaitre que très peu.

Gudule ≈ Excalibur Circus
Yael Assia ≈ Trick or Treat
Anne Fakhouri ≈ Ce que chuchotait l’eau
Luvan ≈ Le Chevalier noir
Rémy Gallart ≈ Voyage sans retour
Dean Whitlock ≈ Le Sacre du nouvel An
Estelle Valls de Gomis ≈ L’histoire du Haut portail
Léonor Lara ≈ Décharmé peut être
Sara Doke ≈ Fata Morgana
Nicolas Cluzeau ≈ Une légende est née

Je ne vais pas prendre chaque nouvelle point par point, juste vous parler de certaines qui m’ont parlé plus que d’autres. La première, celle de Gudule, nous fait assurément une très belle entrée en matière, parce qu’elle reprend sans doute le mythe le plus connu des légendes arthuriennes, à savoir celle d’Excalibur. Elle se déroule dans les années 1970 mais aussi les années 480. Une très bonne nouvelle très bien bâtie avec une écriture incisive et fluide.
La nouvelle de Yael Assia m’a également beaucoup plu, un vrai coup de cœur. J’en suis ressortie sans réelle réponse et finalement c’est bien ça que j’ai aimé. Une très belle surprise !!
Quand j’ai commencé ce livre et ai constaté qu’Anne Fakhouri figurait au sommaire, je savais déjà pourquoi je le lisais : pour sa nouvelle, et je n’ai pas été déçue. Cette nouvelle vient nous donner une  autre vision du sénéchal Key, en donnant un visage plus humain à ce personnage qui nous est traditionnellement présenté comme méprisant. Un texte plein de richesses et plein de bruine…
J’ai été convaincue par Guenièvre dans la nouvelle de Nicolas Cluzeau. Par contre j’avoue n’avoir jamais fait l’effort de lire Guenièvre dans sa version gaélique : c’est beau « Gwynevere », mais je n’arrivais pas à le lire.
Sinon toutes les nouvelles ont su garder mon intérêt, je n’ai jamais eu l’envie d’en sauter une qui aurait pu me déplaire, elles sont toutes de qualité autant sur le fonds que la forme. La nouvelle d’Estelle Valls de Gomis m’a sur le coup déroutée, puis après réflexion, je me suis dis : pourquoi pas ? D’autant que son univers était tellement bien décrit que finalement, ça passe très bien.
Je finirai sur la nouvelle de Rémy Gallart qui est une vision plus SF des légendes arthuriennes. Cette fois-ci c’est la rencontre entre Merlin et Vivianne qui est mise en avant, ça fonctionne bien et j’ai d’autant plus apprécié que la nouvelle se passe aux alentours de Paimpont  qui est aussi une terre de légende arthurienne, chose que je n’ai malheureusement pas assez retrouvé, à mon goût, dans les autres nouvelles. Evidemment, on pardonnera à Dean Whitlock de situer son histoire en Angleterre, mais c’est vrai que j’aurais apprécié que les auteurs français sachent trouver leur inspiration également en Bretagne plutôt qu’outre-Manche, comme si la véracité de Brocéliande était encore contestable. Je reste nuancée dans mes propos car n’ayant pas lu De Brocéliande à Avalon, peut-être que cette anthologie avait déjà exploité suffisamment la trame bretonne. Et il va sans dire que je vais vite me la procurer.

                   
                  

Lecture faisant partie du JLNN :



Article précédemment paru sur Mythologica 

mercredi 30 janvier 2013

Enfer Clos - Claude Ecken


Editions : Le bélial
Illustration : Eric Scala
Date de parution : 14 Mars 2003
Pris papier : 10 € / pris numérique : 4,99 €
135 pages

« Il n'y a jamais de motifs aux enfers qu'on se forge. Seulement des prétextes. »
1945.
La porte d'une triste masure se referme sur une fratrie marquée par le malheur et la honte. Bernadette et Suzie ont été tondues pour avoir couché avec l'occupant. Tondues et violées sur la place du village... Putains ! Putains ! Guillaume, le plus jeune, muré dans sa terreur, parle si peu qu'aux yeux de tous il n'est qu'un attardé doublé d'un déserteur. Quant à l'aîné, Clément, il a beau se poser en héros, on devine sous la patine du mensonge une vérité aux couleurs plus troubles...
Et c'est lui, Clément, violent et paranoïaque, qui prend la décision de cloîtrer son petit monde derrière les volets de cette cabane insalubre. Car il faut se protéger des autres, de l'extérieur, de ceux qui ne crient qu'un seul mot en cette période exultante de l'après-guerre : vengeance ! Ainsi débutent quarante années d'un enfermement total, quarante années pour libérer le monstre qui sommeille en chacun, quarante années d'enfer clos...

La Pucelle et le Démon - Benedict taffin




Les Éditons Asgard viennent, une nouvelle fois, nous offrir un roman de fantasy française et pas de n’importe quelle auteure, puisque Bénédicte Taffin s’est déjà fait positivement remarquer pour son roman Les yeux d’Opale, paru chez Gallimard Jeunesse en 2010. Quand je dis positivement, s’est afin de souligner que ce roman a reçu le prix Futuriales Jeunesse 2011. A noter également que non, il ne s’agit pas d’une erreur de l’imprimeur, mais bien d’un choix de l’auteure de se faire appeler Benedict au lieu de Bénédicte, ceci afin de se différencier de ses romans jeunesses.
Alors certes, on a évidement quelques attentes lorsqu’on entreprend la lecture du roman de La Pucelle et le Démon. L’auteure doit notamment parvenir à écrire un roman qui sache sustenter un public adulte. Je pense qu'il ne s'agit pas là d'un acte d’écriture très aisé que de passer d’un public jeunesse à un autre. Son nouvel ouvrage va être d’autant plus décortiqué que l’auteure a déjà obtenu un prix.

Le mercenaire Sidoine de Valzan est chargé d’escorter la prophétesse Jehanne. La jeune femme prétend pouvoir remettre le Dauphinsur le trône et rétablir la paix dans le royaume. Mais à son arrivée, Sidoine découvre qu’elle a été assassinée par des démons. Il lui faut absolument trouver une femme pour sauver le royaume, mais qui ? Il ne connaît personne en ces terres étrangères.
Personne, hormis la prostituée avec laquelle il a passé la nuit précédente : Oriane. Oriane… Jehanne… qui verra la différence ?

Et non vous ne vous trompez pas, ce roman reprend effectivement la trame de Jeanne d’Arc. Sauf que comme le révèle la quatrième de couverture, cela commence mal puisque des Bhargoests se sont repu de notre sainte Jehanne. C’est là qu’on rentre dans l’intrigue purement fantasy du roman de Benedict Taffin.
Son roman reprend en trame de fond, chapitre par chapitre, le mythe de Jeanne d’Arc. Mais l’auteure y a évidement apporté bon nombre de changements. Et je dois le dire, même si on ne peut s’extraire du fait que c’est véritablement un roman de fantasy, par moment, il est vraiment difficile de ne pas se demander si cela ne mettrait pas en relief quelques vérités sur notre emblématique Jeanne d’Arc.

Je dois l’avouer, dès la première demi-page, j’ai cru commencer un roman un peu mièvre. Dès la demi-page suivante j’ai compris que je m’étais bien trompé !  (Ce n’est pas une critique loin s’en faut, c’est comme si j’avais commencé un roman en croyant lire du Céline Guillaume mais qu’en fait c’était du Justine Niogret, ce n'est pas du tout la même ambiance !)

Une fois que le roman m’a bien remis en place sur sa nature profonde, je me suis laissé vraiment porter par le récit prenant de l’auteure. Et c’est bien là son art, c’est d’avoir su capter toute mon attention, tout en sachant qu’il n’y avait pas vraiment de surprise, sauf pour quelqu’un qui ignore tout de Jeanne d’Arc. Enfin, pas de surprise sur l’intrigue générale, parce que la touche de fantasy qu’amène l’auteure est vraiment présente et apporte au roman une tout autre dimension qu’un simple roman sur fond historique.
Sans rentrer dans les détails, l’histoire présente un mercenaire goujat possédé par un démon qui a remplacé notre bonne Jehanne par la dernière personne qu'il a eu le plaisir de rencontrer, qui n’est autre qu’une prostituée et que l’on doit amener au Dauphin pour le convaincre que non, il n’est pas un bâtard !

Je vais quand même rendre un peu plus hommage à ce roman qui est beaucoup plus subtil que ne le présage mon paragraphe ci-dessus. Le héros, Sidoine, dit La Hire, est profondément inspiré d’Etienne de Vignolles, excepté qu’il est possédé par un Bhargoest, et qu'on ne sait jamais à quel point ce dernier peut vicier le personnage de Sidoine. Par moment, cela apparaît clairement, mais certains comportements de La Hire préfigurent que son libre arbitre est très souvent mis à mal. Sidoine peut se gratifier de tous les adjectifs qui existent pour désigner le pire des goujats, mais voilà, on s’y attache quand même. Quand il combat, il est majestueux ; en revanche, quand il communique, sa muflerie prend souvent le dessus.
Oriane est également inspiré de Jeanne d’Arc, même si elle vient dans le roman se substituer à Jehanne de Domfroy, qui je le rappelle est morte dès le début de l’intrigue. Elle est donc impétueuse avec une part de fragilité, cette même fragilité que l’on connaît à Jeanne d’Arc, avec de surcroît  des blessures du passé. Elle incarne son rôle d’Élue avec forte détermination … Même si, ne l’oublions pas, des fois que vous n’auriez pas suivi, Oriane est la catin que notre vénérable rustre de Sidoine s’est troussé au tout début du roman, et le mufle ne manque jamais de lui rappeler qui elle est ni d’où elle vient …

Voici pour les deux protagonistes principaux, les personnages secondaires restent quant à eux très inspirés des personnages historiques qui gravitaient autour de Jeanne d’Arc, je ne vais donc pas tous vous les énumérer. Pour ce qui est de la magie, utilisée par l’auteur avec parcimonie, elle vient servir l’intrigue avec habilité. La magie est donc certes présente dans ce monde, mais reste une science obscure assez peu usitée et assez peu connue par la population comme le sont d’ailleurs les Bhargoests qui tiennent plus de la légende.
Je tiens à rendre hommage, également, aux scènes de combats incroyablement bien décrites. L’une d’elle m’a carrément soufflé. D’ailleurs, la couverture m’a fait immédiatement penser à ce passage. Et puisque j’en parle, la couverture est très fidèle au roman. Je dois dire que le personnage de La Hire est parfaitement bien illustré. Par contre je m’étais faite une image d’Oriane moins pulpeuse avec des traits plus juvéniles et plus angéliques, il n’en reste pas moins que la couverture est très réussie et si vous vous demandiez à quoi ressembler les Bhargoests, ils sont eux aussi très bien représentés sur la couverture. La jaquette qui entoure le livre est vraiment du plus bel effet.

Je ne saurais donc que trop vous conseiller la lecture de ce roman, parce qu’il est bon et que je l’avoue, c’est assez jubilatoire de trouver un personnage aussi mufle que La Hire. Je vous rassure, le roman n’est pas non plus saturé de grivoiserie !! Quoi dire de plus? C’est bon, c’est français, donc allez y c’est permis.



     


Article précédemment paru sur Mythologica 
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