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dimanche 5 avril 2015

L'expérience de Christophe Bataille

Éditions : Grasset
Date de publication : 14/01/2015
Prix papier : 12 € / Prix numérique : 8, 49 €
82 pages


Je suis sorti de la tranchée et tout de suite ses yeux m’ont fixé : deux prunelles de cendre. C’était une chèvre, une pauvre chèvre que nous n’avions pas vue, enchaînée sur la plaine, face au pylône et à la bombe. Un chevreau semblait s’abriter derrière elle, sur ses pattes tremblantes. Tous deux étaient comme cuits. J’ai abandonné mon compteur, et la chèvre s’est mise à hurler. Le chevreau était tombé sous elle. Il y avait ce cri, mécanique, sans être, un cri à nous rendre fous. Pour ce cri, j’aurais renoncé à la France. »
Avril 1961, dans le désert algérien. A trois kilomètres de ce point inconnu, une tour de cinquante mètres porte une bombe atomique. Le jeune soldat qui parle, accompagné d’une petite patrouille, participe à une expérience. Il est un cobaye.
C’est cette zone d’intensité extrême que nous livre Christophe Bataille. Face à l’histoire et à la mort, il reste les mots, les sensations, la douceur du grand départ puis la lumière.

dimanche 10 août 2014

Spores ! de Olivier Saraja suivi de l'interview de l'auteur


Auto-édition
Date de publication : Juin 2014
Prix : 0.99 € 
± 37 pages

Des fois il faut accepter de prendre des risques, même en tant que lecteur. Et si le Tag auto-édition existe sur le blog c'est que j'ai déjà été m'aventurer vers ce type d'ouvrage qui a tendance à faire peur « l'auto-édition ». Si vous demandez lesquels rendez-vous ici et là. Je vous inforrme - histoire de rassurer un brin - que cette nouvelle de Olivier Saraja a été décortiqué (selon ces termes) par les grenouilles de Cocyclics.
La civilisation s'est effondrée. Pieter et sa fille Enora tentent de survivre dans un monde envahi par une espèce de mousse très invasive, dont les spores représentent un danger mortel. L'irruption d'une femme dans leur vie bouleversera leur quotidien. Vers quel avenir les entraînera-t-elle?Entre drame humain et fable écologiste, Spores! amène le lecteur dans un monde silencieux et oppressant, sis aux limites de la folie humaine. Pour public averti.

La nouvelle maintenant, c'est ce qui vous intéresse. Je ne vais pas rentrer plus dans le fond de l'histoire que la quatrième de couverture résume suffisamment. Dèjà, le point le plus positifs de mon point de vue c'est l'immersion dans la nouvelle qui est vraiment instantanée. On suit Pieter de suite dans sa survie, les descriptions sont très imagées et très réussies, ce qui conduit vraiment dans une ambiance très poisseuse, végétale et mousseuse. D'ailleurs, la couverture de David Revoy, retranscrit parfaitement bien la nouvelle et l'ambiance. L'histoire n'est pas en reste, j'ai beaucoup apprécié cette approche de fin de civilisation. Mon seul petit bémol est sur les révélations qui nous sont faites et qui sont ou aurait été devinés par le lecteur. Mais je pense que chaque lecteur peut réagir différemment selon que l'on soit habitué à ce genre, à savoir le post-apo.
Moyennant 0.99 €, une nouvelle qui sait trouver son lecteur et installer une ambiance rapide avec un background bien construit. A découvrir !





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Courte interview de l'auteur : 

(enfin peu de questions et beaucoup de contenu dans les réponses ^^ )


Cornwall : Quand on visite ton site on voit que tu as rédigé ta nouvelle en mai dernier. Et tu l'as très rapidement mis en vente format numérique en auto-édition, pourquoi ce choix ?
Olivier Saraja : J'ai plusieurs projets en cours: un roman (terminé mais à environ 35% de réécriture), un projet de série (en cours de discussion avec un éditeur), et différentes nouvelles (la suivante est à 75% d'écriture, les deux suivantes sont au stade de synopsis virtuel dans ma tête: pas encore commencé à rédiger). Les nouvelles indépendantes, les éditeurs ne semblent pas trop friands en dehors d'anthologies: sans doute beaucoup de travail, pour un retour sur investissement très lent. Dans les formats courts, ils semblent privilégier les séries et les novellas. Les temps de réponse sont de l'ordre de plusieurs mois. Si on regarde bien, plusieurs éditeurs ont fermé les soumissions pour ce format, le temps de digérer, je suppose, ce qu'ils ont déjà dans les tiroirs. 
Pour ma part, j'ai fait le choix de publier quatre nouvelles en auto-édition. J'ai un grand respect pour ce mode d'édition, même s'il bénéficie d'une piètre vision sur le lectorat français. Peu m'importe. Je m'efforce de produire des textes de la plus grande qualité possible (avec bêta-lecteurs plus mise à contribution de la communauté CoCyclics), et je compte bien que les chroniques, les notes et commentaires pousseront les lecteurs curieux vers mes oeuvres en raison de leur qualité et leur bon accueil par mes lecteurs. 
Cela explique pourquoi je travaille si lentement: j'écris, je relis, je ré-écris, je pèse longuement les mots, cisèle lentement et délicatement mes phrases. Je veux vraiment produire des textes intéressants, bien calibrés. Et une fois passée cette très lente maturation, devoir attendre plusieurs mois supplémentaires pour qu'un éditeur ou l'autre prenne une décision quant à mon texte, m'est assez difficile (et pourtant, je m'estime patient!). J'ai donc choisi de publier mes nouvelles one shot sous la bannière de l'auto-édition. Cela aura un effet secondaire intéressant: celui de me forger une identité d'auteur, faire en sorte de marquer la mémoire des lecteurs, pour qu'ils puissent facilement se dire, plus tard "tiens, c'est lui qui a signé cette nouvelle-là, c'était sympa, j'ai envie de découvrir ce que vaut son roman".
C'est ma seule ambition: challenger l'appétit de lecture des amateurs, et m'insérer modestement dans les piles de lecture au milieu de grands auteurs.


Cornwall : La couverture de David Revoy restitue à merveille l'ambiance de la nouvelle, comment est née cette collaboration ?

Oliver Saraja : David est un formidable artiste. Nous nous connaissons depuis des années, de part notre engagement dans le domaine des logiciels libres, et plus particulièrement ceux de graphisme: Blender, Krita, MyPaint, Gimp... Nous partageons le même secteur géographique, la même envie de démocratiser les logiciels libres, le même appétit pour le fantastique et l'imaginaire. J'ai donc la chance de le compter parmi mes amis, au sens premier et noble du terme, pas celui galvaudé par les réseaux sociaux.

Lorsque je lui ai parlé de ma nouvelle "Spores!" il a été enthousiaste à l'idée d'en signer la couverture. À titre gracieux et amical, car ce n'est pas en vendant des formats courts sur le circuit de l'auto-édition que je pourrais espérer le rémunérer comme il se devrait. Mais bon: j'ai une cave et un frigo bien achalandés, on trouvera bien un terrain d'entente ;-)


Cornwall : Tu as à ton actif un ouvrage édité dans un domaine bien différent « la 3D libre avec blender 2.6 », et là tu écris une nouvelle d'anticipation et on découvre d'autres projets en cours, notamment Lady Bradsley. Comment t'es venu ce goût pour l'anticipation ? Lady Bradsley, appartiendra-t-il également au domaine de l’imaginaire, les Cocyclics t'ont-ils aidé également sur ce projet ?

Olivier Saraja : Anticipation, imaginaire... Je suis tombé dedans pendant mon enfance. J'ai commencé à jouer aux jeux de rôle à l'âge de dix ans (début années 80, faites les calculs) et j'ai très tôt été bercé par Tolkien, Lovecraft et consorts. Moorcock, Herbert, Simmons, Cook, Gemmel, Eddings figurent en bonne position dans ma bibliothèque. 
J'ai toujours écrit (des ouvrages de jeux de rôle, des articles pour la presse informatique, un livre informatique). Il n'y a pas eu de réelle transition vers la fiction, cela a toujours été là, concret: j'ai un roman terminé depuis des années, et je le réécris à "temps perdu". La seule nouveauté, c'est le format de la nouvelle, que j'ai (re)découvert grâce aux lectures numériques. J'ai été de suite conquis. 
Lady Bradsley est le personnage central de la série sur laquelle je travaille en ce moment. C'est une jeune femme, qui au cours des années 1900, tient un cabinet de consultante en affaires occultes. C'est une aventurière, plus au sens d'Adèle Blanc-Sec que de Lara Croft, toutefois. Les talents médiumniques qui sont les siens sont à la fois un Don mais aussi et surtout sa malédiction personnelle. J'espère que ses aventures (déjà trois décrites sur les six prévues) plairont autant au public qu'à mes bêta-lecteurs actuels, très enthousiastes.
Et oui, les grenouilles de CoCyclics officient à la troisième version de mon pilote de série :-) Cela se déroule toutefois hors forum, en raison de la longueur des épisodes...











dimanche 19 janvier 2014

Noëls d'hier et de demain - Anthologie Argemmios par Pierre-Alexandre Sicart

Voici une Anthologie qui m'a fait de l'œil dès le moment où j'en ai entendu parler par les éditions Argemmios. Aussitôt que celle-ci fut été disponible sur leur boutique je me suis précipitée dessus !! Et je l'ai vite fait passer en haut de ma PAL. Cette Anthologie conduite par Pierre-Alexandre Sicart se voulait prometteuse avec un sommaire des plus attractifs. Chaque auteur nous présente à leur manière un conte de Noël, d'hier ou de demain.



Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver…

Voici Saint Nicolas, venu annoncer la période des fêtes, accompagné de ses rennes, de ses lutins, et parfois du Père Fouettard. Voici la Befana, qui le remplace en Italie. Voici les rois mages, sur le chemin qui les mènera jusqu’à l’enfant Jésus, qui ignore encore qu’il mourra sur la croix. Voici le temps des fêtes, qui font rêver enfants et commerçants. Voici le temps des cadeaux et des bonbons, de la chaleur familiale, et des sans-logis qui, sous le grand manteau blanc, lentement meurent de froid.

Voici le temps des histoires – au coin du feu, ou dans une lointaine station spatiale où il ne neige jamais que des étoiles



Commençons par le commencement puisque chaque nouvelle a une place parfaitement étudié.

« Quand Jésus descend par la cheminée » de Ian Watson, qui n'est certes pas inédit comme nous l'explique Pierre-Alexandre, mais dont il a refait la traduction et l'a donc choisi pour introduire cette anthologie. Et quelle belle entrée en matière ! Jésus « le bon voleur », qui a pris la place du père Noël et où l'auteur revisite le mythe façon Robin des bois. Attention, attention les enfants, Jésus viendra peut-être vous prendre votre jouet le plus précieux...


« La Méthode Noël » de Nicolas Saintier, on continue cette anthologie avec une nouvelle qui fait mouche. Une histoire, dans laquelle je suis rentrée immédiatement. Le récit se passe dans un orphelinat et son directeur a mise en place une méthode quasi infaillible pour gérer au mieux son affaire, chacun y trouve son compte, et les enfants filent droits toute l'année, que demandait de mieux !


« Noël en Solitaire » de Léa Silva, un jeune homme décide de ne pas fêter noël, il en a marre de cette fête consumériste. Il en vient finalement à se promener le soir de noël et aider un vieux monsieur à porter ces nombreux paquet. Et la magie prend vie. Les petits bonheurs se trouvent souvent dans les choses les plus simple. Encore une très belle nouvelle !


« Du sang sur des mains de givre » de Olivier Boile. Et si finalement sous ces airs bonhommes et Joviaux, Ded Moroz (le Père Gel homologue laïc soviétique de l'air URSS de notre père noël) se cachait un être détestable voir carrément antipathique et violent ? C'est ce que raconte cette nouvelle tragique à travers la sombre histoire de Snegurochka, la fille de Ded Moroz. Une sombre nouvelle qui sous les traits de Ded Moroz nous donne une belle allégorie de l'ex-URSS. 


« Befana » de Anne Rossi, nouvelle post-apocalyptique, où dans un monde dévasté, les plus riches vivent confinés chez eux dans des environnements aseptisés. Mais Befana, elle, continue de vivre à l'ancienne, à mitonner de vrais plats. Et à confectionner des jouets à partir de récupération. Elle partage ceci avec Noël jeune garçon vivant dans la résidence dont elle est la concierge. Befana réussira-t-elle à faire renaître Noël ! Une merveilleuse nouvelle qui a encore su me parler.


« Le sauveur » de Alain Rozenbaum, encore une nouvelle post-apo, où je me suis clairement régaler, je ne veux pas en dire plus, la chute est exquise voir mordante. 


« Miriam, Messie » de Dean Whilock, une très belle nouvelle qui nous raconte la vie de Marie, jusqu'à la conception de Jésus. Un très beau texte encore une fois !


« Gloire éternelle » de Meddy Ligner, dans une ambiance de film tel « Joyeux Noël » comme nous l'explique Pierre-Alexandre Sicart, le texte commence sur un soldat de corvée d'eau dans le méandre des tranchées de la première guerre mondiale. Et s'il vous était donné de rencontrer le Père Noël, quel vœux choisiriez-vous ? Une excellente nouvelle dont la chute ne se laisse pas présager. 


« Poupée et vieux journaux » de David Baquaise, deux sœurs perpétuent le rituel de leur défunte mère, à savoir se rendre dans la maison de leur enfance et ouvrir, en ce 25 décembre, la porte de la chambre de leur sœur morte des années auparavant dans sa prime jeunesse. Un texte fantastique, jouant sur les sentiments et ressentiment des protagonistes. 


« Nuit de Noël à l'octogone » de Jean-Marc Ligny, dernier noël du millénaire, un SDF nommé Gabriel cherche un abri, et se réfugie dans un bâtiment en cours de construction, un octogone. Une nouvelle courte, qui ne fait pas de mal aux préjugés, qui rappelle qu'un SDF est encore plus un anonyme. Un SDF ça va, ça vient … 


« A nos Espoir » de Ophélie Bruneau, je rejoins Lune sur cette nouvelle, ambiance « Men in black ». Une jeune fille, Lydia, aide un jeune homme, Jean, un peu paumé et surtout recherché par une police au caractère très particulier. Des personnalités bien campées, un texte SF rafraîchissant et quelques peu Young Adult.


« Un jour par an » de Claude Mamier, Julien veut se défenestrer du haut de son neuvième étage à minuit du 25 décembre, mais in-extremis le Père-Noël le sauve. Et bon dieu quel Père-Noël !! Julien découvre alors les lutins et ce qu'ils font. Une nouvelle très distrayante qui m'a beaucoup plu.


« A Christmas Carol » de Pierre Gévart, signe ici une nouvelle très plaisante de SF. Un équipage qui fête noël est prévenue par leur IA qu'un objet volant non identifié est en approche. Une nouvelle ludique et surprenante. 


« Le village de M. Noël » de Elodie Meste, celle-ci doit être la nouvelle qui m'a le plus plu de cette Anthologie. Un couple a fait le choix d’emménager dans un village assez réglementé et qui emploie les habitants dans la confection de jouet de Noël. Mais mais mais, non vraiment il faut la lire, on pense rentrée dans un récit fantastique et finalement c'est un petit bijou de SF. 


« Le vœu secret des anges » de Léo Lamarche , une petite nouvelle sans prétention très bien écrite, et qui a le mérite d'énoncer une vérité. Parce que finalement croire au Père-Noël c'est comme de ne pas croire que l'argent ne fait pas le bonheur...


« Le Père-Noël » de Muriel Essling, encore une courte nouvelle qui brille par son efficacité. Pourtant elle ne se range pas du tout dans le genre SFFF. Elle n'a rien de fantastique ni de SF. Elle est tout ce qui a de plus réel. Et elle fait mal là où il faut. Elle devrait être proposé à la sécurité routière pour leur prochaine campagne.


« Pour une pincée de poussière » de Orson Scott Card, la nouvelle la plus longue 55 pages, et qui se lit avec facilité. Orson Scott Card nous vend un magnifique conte, qui n'est pas sans rappeler Narnia, j'ai même pensé à Totoro en la lisant. Une mère malade, et un petit garçon qui rejoins un autre monde grâce à un cagibi dans une grande surface. Il découvre un monde merveilleux mais qui n'est pas exempt de danger. Il mène une quête accompagnée d'une jeune fille qu'il avait suivi initialement dans le magasin...


Vous l'aurez compris, j'ai été absolument conquise par cette anthologie. Qui révèle des pépites et se lit avec engouement, j'ai fait l'impasse sur une seule nouvelle dans laquelle je n'ai pas réussie à rentrer mais compte-tenue du reste, je dois dire que pour moi cette anthologie est la meilleure que j'ai lu en 2013. Alors merci aux éditions Argemmios et merci à Pierre-Alexandre Sicart qui a fait un merveilleux travail tant dans ces traductions, dans le choix des textes que dans l'organisation de son sommaire qui se révèle très juste.


            






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